Tendinite : prévenir et soulager la douleur
Prithee Jettoo ,FRCS (Ed) Consultant Trauma and Orthopaedic surgeon, Life Medical Clinics
Qu’est-ce qu’une tendinite ?
Le terme « tendinite » désigne traditionnellement une inflammation d’un tendon, cette structure fibreuse qui relie un muscle à un os et permet le mouvement. Aujourd’hui, les spécialistes privilégient toutefois le terme « tendinopathie », car la plupart des cas correspondent davantage à une dégénérescence du tendon (tendinose) qu’à une simple inflammation.
Cette atteinte peut concerner tous les tendons du corps, mais elle touche particulièrement l’épaule (coiffe des rotateurs), le coude (épicondylite ou « tennis elbow »), le poignet et le pouce (maladie de De Quervain), le genou (tendon rotulien) ainsi que le tendon d’Achille.
Le principal symptôme est une douleur apparaissant lors de la contraction ou de l’étirement du tendon. Cette douleur peut s’accompagner d’un léger gonflement ou d’une sensation de craquement.
On distingue généralement trois stades :
- douleur après l’effort, disparaissant au repos ;
- douleur pendant l’effort ;
- douleur permanente, accompagnée de raideur et d’une diminution de la force.
Quelles sont les principales causes d’une tendinite ?
Dans la majorité des cas, la tendinite est liée à une surcharge mécanique du tendon.
Les facteurs les plus fréquents sont :
- les gestes répétitifs et l’hyperutilisation chronique ;
- une augmentation trop rapide de l’intensité d’un entraînement sportif ;
- un mauvais échauffement ou une technique sportive inadaptée ;
- l’utilisation d’un matériel inapproprié ;
- les gestes professionnels répétitifs (travail sur clavier, manutention, bricolage, peinture, travail à la chaîne).
Une mauvaise posture ou un poste de travail mal ergonomique peuvent également favoriser l’apparition de douleurs tendineuses. Certaines particularités morphologiques, comme les pieds plats ou certaines asymétries corporelles, peuvent aussi jouer un rôle.
Avec l’âge, notamment après 40 ans, les tendons perdent progressivement en élasticité. Certaines maladies chroniques telles que le diabète, l’obésité ou l’hypercholestérolémie, ainsi que le tabagisme ou la prise de certains médicaments comme les fluoroquinolones, augmentent également le risque de développer une tendinopathie.
Des tendinites différentes selon l’âge et l’activité
Les jeunes sportifs présentent principalement des tendinites dites « mécaniques » liées à la pratique sportive :
- tendon d’Achille chez les coureurs et les sauteurs ;
- tendon rotulien chez les basketteurs et volleyeurs ;
- épaule chez les nageurs ou les lanceurs.
Après 40 à 50 ans, les formes dégénératives deviennent plus fréquentes. Les atteintes de la coiffe des rotateurs, le tennis elbow ou les douleurs du tendon d’Achille chez les personnes sédentaires qui reprennent une activité physique sont particulièrement courantes.
Certaines professions sont également exposées à des tendinites spécifiques, notamment les musiciens, les informaticiens, les manutentionnaires ou les travailleurs effectuant des gestes répétitifs.
Quels sont les signes d’alerte à ne pas négliger ?
Plusieurs symptômes doivent inciter à consulter rapidement :
- une douleur légère apparaissant après un effort répétitif ;
- une raideur matinale ou après une période d’immobilité ;
- une sensibilité du tendon au toucher ;
- une gêne lors de l’étirement ;
- une légère perte de force.
Une prise en charge précoce permet souvent d’éviter l’installation d’une douleur chronique et de favoriser une guérison plus rapide.
Comment prévenir une tendinite ?
La prévention repose sur plusieurs mesures simples mais efficaces.
Un échauffement de 10 à 15 minutes avant l’activité physique ainsi que des étirements doux après l’effort contribuent à protéger les tendons. Il est également recommandé d’augmenter progressivement la charge d’entraînement, selon la règle des 10 % maximum par semaine.
L’amélioration de l’ergonomie au travail, l’adaptation du matériel sportif et la correction des mauvaises postures constituent également des mesures importantes.
Les exercices réguliers de renforcement musculaire permettent de mieux préparer les tendons aux contraintes quotidiennes. Enfin, il est essentiel d’alterner les activités afin d’éviter les gestes répétitifs prolongés.
Une bonne hygiène de vie, incluant une hydratation suffisante, une alimentation équilibrée, le maintien d’un poids santé et le contrôle des maladies chroniques, contribue également à réduire les risques.
Quels traitements sont les plus efficaces ?
Dans environ 90 % des cas, le traitement est conservateur.
Les premières mesures reposent sur le repos relatif du tendon, l’application de glace pendant 15 à 20 minutes plusieurs fois par jour et la méthode RICE (Repos, Glace, Compression et Élévation).
Des antalgiques ou des anti-inflammatoires peuvent être prescrits sur avis médical afin de soulager la douleur.
La kinésithérapie occupe une place centrale dans la prise en charge. Les exercices excentriques sont particulièrement efficaces et peuvent être associés à d’autres techniques comme les ultrasons, le laser, les ondes de choc ou les massages transverses profonds.
Selon les cas, des orthèses ou des talonnettes peuvent être proposées. Les infiltrations de corticoïdes restent possibles mais doivent être limitées. En cas d’échec des traitements classiques, certaines équipes médicales peuvent envisager des injections de plasma riche en plaquettes (PRP).
La durée moyenne de guérison est généralement d’environ trois mois.
Quand la chirurgie devient-elle nécessaire ?
Une tendinite est considérée comme chronique lorsqu’elle persiste au-delà de trois à six mois malgré un traitement bien conduit.
Dans certains cas, l’évolution peut entraîner une dégénérescence du tendon avec fibrose, calcifications ou risque accru de rupture.
La chirurgie concerne environ 10 % des patients et n’est envisagée qu’après l’échec du traitement conservateur pendant au moins six mois. Elle peut être indiquée en présence de calcifications résistantes, de ruptures partielles ou de certaines tendinopathies de l’épaule.
Après l’intervention, une rééducation de trois à six mois est généralement nécessaire pour retrouver une fonction optimale.
Comment éviter les récidives ?
Après une tendinite, la poursuite des exercices de rééducation est essentielle. Les exercices excentriques peuvent être maintenus deux à trois fois par semaine afin de renforcer durablement le tendon.
La reprise de l’activité doit être progressive, en commençant à environ 50 % de l’intensité habituelle avant d’augmenter progressivement la charge.
Il est également important d’être attentif aux signaux du corps : une douleur persistante doit être considérée comme un avertissement.
Enfin, la correction des facteurs de risque — posture, tabagisme, maladies chroniques ou traitements médicamenteux — contribue à réduire le risque de récidive.
Avec une prise en charge précoce et adaptée, la majorité des tendinopathies guérissent complètement, permettant de retrouver une activité normale tout en préservant la mobilité et la qualité de vie.
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